Présentation de la caméra Genesis à La fémis

par Jean-Jacques Bouhon

par Jean-Jacques Bouhon La Lettre AFC n°137

A l’invitation de Panavision Alga, de l’AFC et de la CST, 298 personnes (sans compter une trentaine d’élèves des écoles, ni nos associés, ni les visiteurs de dernier moment non inscrits) sont venues découvrir la caméra haute définition Genesis, dans un studio de La fémis mardi 19 octobre après-midi et mercredi 20 octobre toute la journée.

Les caméras Panavision Genesis et Millennium XL2 sur le plateau 3 de La fémis (photo Eric Guichard)
Les caméras Panavision Genesis et Millennium XL2 sur le plateau 3 de La fémis (photo Eric Guichard)

Les directeurs de la photo de l’AFC avaient préparé un petit décor et installé un système d’éclairage modulaire, permettant de tester le rendu de la caméra dans différentes situations de lumière.
Afin de vérifier le rendu des teintes chair, deux jeunes comédiennes avaient accepté de servir de modèles ; Monique Granier, chef maquilleuse, a également participé à toutes les sessions de présentation.
Les techniciens d’Alga, Hervé Theys et Philippe Valogne, étaient épaulés par Nolan Murdock et Rafael Adame, qui ont travaillé sur le projet Genesis et qui étaient venus spécialement de Panavision Woodland Hills pour répondre aux questions.

Physiquement, la caméra Genesis ne se distingue guère d’une Panaflex classique, si ce n’est par sa couleur grise. Le magasin contenant l’enregistreur-lecteur Sony SRW-1 a à peu près les proportions d’un magasin 122 mètres de pellicule et se positionne aisément soit au-dessus, soit à l’arrière de la caméra. Son poids, par contre, l’apparente plutôt à un magasin 300 m. Pour les plans à l’épaule, la caméra sera donc sensiblement plus lourde que ses concurrentes 35 mm légères, Arri 235, Aaton 35 ou Millenium XL2.

La Genesis sous l’œil de Christian Archambeaud et Dominique Gentil (photo J-J Bouhon)
La Genesis sous l’œil de Christian Archambeaud et Dominique Gentil (photo J-J Bouhon)

Suivant la qualité d’enregistrement désirée, la capacité de l’enregistreur varie :

  • 25 minutes à 24 i/s en enregistrement 4:4:4 RVB à 880 Mbs (megabits par seconde), avec une compression de seulement 2.
  • 40 minutes à 24 i/s en enregistrement 4:2:2 (à 440 Mbs).
    Rappelons que le HDCam standard n’atteint que 155 Mbs...
    Pour le moment, la caméra peut " tourner " jusqu’à 50 i/s.

La Genesis est équipée d’un capteur unique de 12,4 millions de pixels de la taille d’une image Super 35, au format 16/9, calibré pour 3 200 K. Elle accepte toutes les focales fixes et zooms, 35 mm Panavision, ainsi que tous les accessoires Panavision (ou autres). Elle était présentée avec des objectifs Primo.

La fonction gamma logarithmique de la Genesis est de 10 bits log environ (équivalent à 14 bits linéaires). Les images pouvaient être observées sur un moniteur HD Barco. Comme la caméra enregistre un signal brut avec un gamma assez plat de manière à pouvoir travailler aisément en postproduction, le moniteur avait été réglé de manière à voir une image " présentable ".
Un boîtier adaptateur est prévu entre la sortie moniteur HDSDI 4:2:2 de la caméra et le moniteur ; il permettra de transmettre un genre de " LUT " à ce dernier suivant le rendu désiré.

Willy Kurant réglant la lumière sur Karine (photo J-J Bouhon)
Willy Kurant réglant la lumière sur Karine (photo J-J Bouhon)

La première impression, lorsque l’on voit et manipule la caméra, est vraiment favorable : mêmes sensations qu’avec une caméra 35 mm, accessoires et objectifs familiers, on est en terrain de connaissance. Cette sensation est renforcée par le fait que la caméra ne comporte pas un tableau de bord du genre " Boeing 747 " à l’inverse de certaines caméras HD ou même 35 mm (voir les derniers modèles Arri...).

Premier bémol, lorsque l’on met l’œil à la visée : c’est une visée électronique et non reflex, certes d’une très grande qualité par rapport à tout ce que l’on connaît sur les différentes caméras HD Sony, Panasonic ou Viper. Elle est en couleurs mais le phénomène bien connu d’apparente stroboscopie pendant les mouvements, dû à la captation en progressif, est assez gênant. Ce viseur comporte de nombreux réglages permettant d’afficher une image ressemblant au rendu désiré par le directeur de la photo.

Eclairage aux bougies (photo J-J Bouhon)
Eclairage aux bougies (photo J-J Bouhon)

La conception de la caméra ne permet pas pour l’instant d’intégrer une visée reflex rotative : en effet, devant le capteur, se trouve un bloc optique qui filtre, entre autres, l’infrarouge.

Les différents essais que nous avons effectués nous ont permis de constater l’excellente réponse de la caméra dans les basses comme dans les hautes lumières.

Sa sensibilité est donnée pour 400 ISO, mais, comme souvent avec les dernières générations de caméras vidéo, on a l’impression que ses possibilités lors de sous-exposition sont très performantes, chose que nous avons pu vérifier lors d’un classique essai d’éclairage à la bougie et de lumière à contre-jour sans face de compensation.

Nous avons pu enregistrer quelques images le deuxième jour et les membres de l’équipe de Panavision nous ont dit qu’ils essaieraient de les finaliser en 35 mm à Los Angeles.

Le capteur ne semble pas avoir de dérive colorimétrique dans les zones extrêmes et c’est évidemment une bonne chose. Globalement, d’ailleurs, le rendu colorimétrique est très bon, très proche de la vision, autant qu’on ait pu en juger sur le moniteur HD et sur des images capturées sur disque dur par la société AV2P (voir plus loin).

Une image issue de la Genesis (et compressée en JPEG, malheureusement...)
Une image issue de la Genesis (et compressée en JPEG, malheureusement...)

En ce qui concerne la projection, rien de nouveau par rapport à la présentation de septembre au Cinéma des Cinéastes. C’est le même film qui a été présenté. A ce sujet, il y a eu quelques critiques bien normales : en effet, il y a trop peu de situations différentes d’éclairage ou de dominantes ; à vrai dire on se trouve en face d’une image constamment à tendance chaude, toujours éclairée en lumière du jour. Pas de nuits, pas de situation de contrastes extrêmes. Tout a été fait comme si on ne voulait pas mettre les deux systèmes en difficulté. De plus certains problèmes de point sont assez gênants ; Nolan Murdock a fini par avouer que l’équipe d’assistants caméra était un peu « immature »...
On a l’impression que ce film est uniquement destiné à prouver que l’on peut matcher les deux systèmes - ce qui était en effet le but de l’opération. On pourrait presque parler d’un film " marketing ". Dans quelle mesure, d’ailleurs, le 35 mm n’a-t-il pas été dégradé lors de la postproduction ?
Les vrais essais restent donc à faire. Il faut les envisager d’un point de vue totalement différent, en se disant qu’à nouvel outil, nouvelle manière de filmer et donc tests complets de ses capacités propres (et non seulement celles qui lui permettent de mélanger ses images avec celles du 35 mm) et recherche de ses éventuels " défauts ".
Ces critiques n’empêchent pas de saluer les performances de cette nouvelle caméra, qui semble être un véritable outil de travail pensé pour le cinéma et non plus la tentative d’adapter un appareil vidéo afin de capter le " marché " du long métrage.

Le dernier problème est à la fois économique et politique.
J’ai l’habitude de dire dans les cercles du cinéma que le numérique n’est pas forcément un progrès ou synonyme de qualité. C’est surtout un choix qui a été fait par des grands groupes financiers qui y ont trouvé une niche de profit : en effet, les progrès dans ce domaine étant tellement rapides et les technologies étant en constante évolution, cela implique que les utilisateurs - des professionnels aux particuliers - devront investir de manière beaucoup plus fréquente qu’autrefois et à un coût sensiblement plus élevé.
On peut toujours tourner avec une caméra 35 mm de trente ou quarante ans d’âge ; essayez de faire des images correctes avec une caméra vidéo de seulement six ou sept ans, vous m’en direz des nouvelles...
Un autre aspect de ce problème est celui des standards : chaque fabricant essaie de développer le sien propre, sans doute dans l’espoir qu’il sera le gagnant. Cela rappelle le combat VHS/Betamax... Dans cette histoire, pour l’instant, les sociétés de postproduction doivent faire grise mine : il faudrait qu’elles s’équipent de tous les systèmes de restitution existants et cela commence à faire beaucoup...
En ce qui concerne la Genesis, il n’existe aucun lecteur pour transférer les images et il faut donc utiliser le même magnétoscope/magasin que sur le tournage. Sony n’envisage pas d’en fabriquer un.

La caméra Genesis ne sera pas à la portée de toutes les bourses ; elle coûtera plus cher qu’une Panaflex (sans doute d’environ 30 %). Cela n’empêche qu’elle sera certainement un outil de qualité recherché.

Lors de ces deux journées, Panavision présentait également la caméra Millennium XL2, dont la principale nouveauté réside dans la reprise vidéo, qui est d’une grande qualité.

La société AV2P, spécialisée dans les solutions de montage sur ordinateur, avait installé une station de montage Final Cut Pro HD sur un PowerMac G5, équipé d’un Xserve Raid. Cette station était reliée à la caméra Genesis et permettait de faire de l’acquisition en temps réel.